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  • Photo du rédacteurFanny Inesta

Opérette à Ravensbruck

FESTIVAL AVIGNON OFF 2022

Théâtre Le Chien qui fume


Un hommage puissant à toutes ces héroïnes

Ce titre ressemble à  un oxymore, tellement l’un des mots paraît joyeux tandis que  l’autre nous renvoie à l’épouvantable!

Et pourtant, c’est une histoire vraie. En octobre 1943, Germaine Tillion est déportée dans ce camp de Ravensbrück pour faits de résistance. En 1944,elle brave l’interdiction d’écrire et sous la forme d’une opérette-revue, va dénoncer le pire de ce monstrueux camp afin un jour, d’en informer le monde entier.  On les a dépossédées ces femmes,  jusqu’à perdre tout contour, toute personnalité, toute trace de féminité. Dans leur apparente fragilité, c’est leur courage que l’on va d’abord retenir,  leur résistance face aux privations, aux travaux les plus pénibles, aux humiliations, leur solidarité, leur ténacité à écrire, à chanter, un moyen de survie pour ne pas complètement sombrer. Créer, vivre et rire pour ne pas mourir. Ce livre, cette opérette,  Germaine l’a confié à Claudine Van Beneden qui dans une grande habilité de mise en scène a su mettre de  la légèreté afin de  purifier le tragique tout en en renforçant l’horreur. Les traits d’humour nous permettent un rire libérateur pour alléger la cruauté du propos. Car une opérette, c’est aussi la joie, le chant et la danse et nous sommes dans un music hall. Entre maillots de bain, rubans  et uniformes de prisonnières,  elles dansent, chantent et  on reste suspendus dans ce subtil décalage.  On se surprend à sourire, d’effroi également  et au travers du jeu des comédiennes,  l’émotion est toujours palpable Les chants et les danses font surgir leurs colères, leurs intentions, leur lutte et leur combat tout en libérant une folle énergie créatrice. Aux mots poignants d’une tragédie qui s’écrit, répond l’ombre de ces femmes en pleurs et en rire mais toujours dignes. Le spectateur est plongé à l’intérieur d’ un monde ou le passé ne s’efface jamais dans le présent. Il continue à peser surtout en ces temps inquiétants. Un récit poignant et drôle à la fois.  Le public, dans son fauteuil s’enfonce peu à peu devant l’ignominie, le sordide mais pourtant  elles arrivent  à nous  en sortir grâce aux chants, aux  danses, à la musique qui  nous permettent de respirer, de  prendre un bol d’air frais pour sortir  des bas -fonds de ces années. Raphaël Fernandez nous livre une vision dense, réaliste et cruelle du conférencier naturaliste, il est glaçant, le verbe est puissant, ses mots et ses schémas tranchent comme une lame effilée.Il joue et chante avec brio . La qualité d’interprétation des comédiennes est  à la hauteur de l’exigence artistique et amène une dimension très forte au spectacle. Claudine signe une mise en scène éblouissante utilisant au mieux la dérision, cette histoire ignoble passe fort bien , on garde notre ignominie aux lèvres . Il faut avoir le cœur bien accroché tellement c’est intense, vif et joyeux..enfin pas toujours et pourtant en fin de compte même le malheur qui traverse la scène ne parvient pas à nous attrister, le sordide devient drôle…un pari hautement réussi sur lequel on ne peut que s’incliner. Spectacle difficile mais si beau , si bien joué que l’on ressort fortement émus, touchés, coulés mais vivants…


Fanny Inesta


D’après le Verfügbar aux enfers Mise en scène : Claudine Van Beneden Interprètes : Solène Angeloni,

Angéline Bouille,

Isabelle Desmé   Barbara Galtier,

Claudine Van Beneden,

Raphaël Fernandez Musicien : Grégoire Béranger

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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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