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  • Photo du rédacteurNadine Eid

Notre amour est ce chien crevé dans l’entrée

(Faire un trou dans un Soulages)


Lecture et présentation au:


Théâtre La Luna 3 avril 2024  à 19h30

1 rue Séverine 84000 Avignon



Dans une chaleureuse et conviviale ambiance due pour une part à l’accueil de ce très sympathique théâtre et pour l’autre à la personnalité de Pierre Notte conciliant et disposé à retarder le début de sa lecture pour attendre l’arrivée de Yann Collette égaré dans les lacis des ruelles avignonnaises, nous avons pu assister à une lecture très aboutie d’un texte fort bien écrit.

Dès les premiers échanges du couple, Pierre Notte et Cécile Fleury sont au moins accordés au même diapason, celui de la discorde. Et de leur mésalliance, un moment d’anthologie de la communication va s’écrire. Cette lecture est avant tout jubilatoire. Cécile Fleury et Pierre Notte nous embarquent aussitôt.

Devant un tableau de Soulages dont ils ignoraient tous deux la signature, ils s’escriment en mots dans une joute verbale, un pugilat  de termes fleuris, tous tellement rodés que les moindre ajouts, les plus infimes variations semblent les combler d’une petite joie perverse de celles qui peuvent faire croire qu’on vit encore une relation de couple alors que le naufrage est constaté et qu’on ne prend pas même la peine de remonter l’épave.

Ça va vite, ça fuse à tout va. Elle ne laisse rien passer car elle n’en peut plus d’eux, de leur non-vie, de leur amour taxidermisé elle veut parler sans qu’on la coupe mais elle-même se coupe en commentant les mimiques, les regards de l’autre, tous les langages non verbaux qui trahissent le corps bavard. Lui-même n’est pas en reste et le fustigé, fustige, il n’y a donc ni vainqueur ni vaincu.

Ce qui perdure du couple c’est encore, à son insu, le besoin de formuler leur mal-être, peut-être pour le comprendre. De fait, elle lui présente l’historique du déclin et, sans nulle concession, tout y passe, le manque de soin et d’attention, la sexualité défaillante et affligeante, l’égotisme qui scinde l’union du couple et le fourvoie de son chemin. Elle sait appuyer là où ça fait mal tout comme lui, identifie les inflexions de voix et utilise les détails minuscules qui immanquablement la feront réagir.

Ces deux là, en vieux couple, se savent et se sont appris non pas sur le registre de la tendresse mais sur celui de l’agacement, la rancoeur et le malheur qui les confinent à l’inaction.

Plutôt que la séparation réelle liée à l’insupportable présence de l’autre, l’enfer de leur huis-clos les amène à laisser crever ou presque leur chien par manque de soin et de reconnaissance, par inertie, par dépit de tout. Parabole de leur amour, le chien n’est pas tout à fait mort et respire encore. Et c’est un fil bien ténu qui va apparaître entre eux. Dans ce reste de souffle, un peu d’espoir se glisse et c’est miraculeux. Le tableau qu’elle a poignardé par violence et par ignorance, celui hérité d’une tante honnie qui de surcroit habitait Hontfleur- nul n’est épargné, pas même la province- ces aplats étales obscures de ce Soulages massacré ne serviront pas de linceul noir ou de brancard car dans l’union conjuguée pour sauver leur chien délaissé, la réconciliation va poindre.

Il était temps car, bien qu’exquise et remarquablement rédigée, peut-être que la querelle n’avait que trop duré. Peut-être et qu’importe.

L’arrivée du chien sur scène nous rassure tous.


Nadine Eid


De Pierre Notte

Avec Pierre Notte et Cécile Fleury  

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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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