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  • Photo du rédacteurFanny Inesta

Lettre à une inconnue

FESTIVAL AVIGNON OFF 2019

L’amour au delà de tout

Son voyage terminé, un écrivain célèbre rentre chez lui. Parmi son courrier, il remarque une enveloppe épaisse d’une écriture qu’il ne reconnaît pas. Intrigué, il l’ouvre et se trouve face à la confession d’une femme amoureuse sur le point de mourir. Il ne l ‘a jamais reconnue elle qui jusqu’à la fin lui a tout donné sans jamais rien attendre .  On remonte le temps…Elle a 13 ans, sa vie est un peu triste jusqu’à ce voisin qui soudain emménage ! Des livres, de jolis meubles, elle est déjà sous le charme…Et lorsqu’elle l’aperçoit, il a 25 ans il est  beau et aimable  alors son cœur de petite fille chavire. Pendant plusieurs années, elle va nourrir sa vie juste en le regardant vivre. Il est mondain, frivole mais elle ne lui en veut pas.  Lorsque la famille déménage, c’est un véritable déchirement . Plusieurs années passent et à 18 ans elle revient, le voit, le séduit et se donne à lui. Le lendemain, il lui offrira quelques roses blanches. Un enfant, fruit de cet amour naîtra, il n’en saura jamais rien. Elle se vendra alors pour lui offrir une vie agréable, elle qui a accouché dans la douleur, la saleté, les cris de ces femmes seules et oubliées. Hélas, ce seul lien avec lui, ce fils qu’elle aime tant se meurt à l’âge de 10 ans. Effondrée, il ne lui reste plus que cet homme, elle le rencontre et il succombera de nouveau à son charme sans pourtant jamais la reconnaître et la prenant pour une fille de joie. Ce très beau texte de Stefan ZWEIG peint un amour total, désintéressé, tapi dans l’ombre. Elle n’attend rien en retour, une passion dévastatrice, une déclaration fanatique qui aura duré toute sa vie.  Caroline Vidal incarne ce rôle avec fougue et passion. Son jeu est empreint de fièvre, de tendresse et de folie. Les affres de la vénération qu’elle incarne sont d’une justesse psychologique qui nous entraîne dans le sillage de sa folie et de cet amour absolu. Accompagnée  par le compositeur Guillaume Garrones, il met toute sa sensibilité et son émotion  au service de la voix de Caroline, un entrelacement entre piano et voix, ou les notes résonnent comme des silences, comme une absence de réponse à elle qui se livre totalement. Ce texte écrit en 1922 pourrait à ce jour, insurger les féministes . Une passion exclusive et totale qui peut déranger, le don de soi est- il moral ou légitime ? On sort bouleversé. Un des spectacles qui assurément va faire salle comble durant ce festival ! 


Fanny Inesta


de Stephan Zweig par la compagnie. Rêve d’un Soir mise en scène Céline Patrizio avec Caroline Vidal,

Guillaume Garonne 


Quelques notes de piano sur une voix off surgis de l’obscurité, puis une femme entre et se raconte… récit d’une vie.  Enfant elle s’éprend de son voisin un riche écrivain, devenue une très belle jeune fille elle revient sur les lieux de son enfance pour arriver à rencontrer celui qu’elle ne connait pas mais qu’elle aime toujours profondément, intensément. Un soir il l’invite, ils vont passer trois jours ensemble, puis plus rien, il poursuit sa vie de voyages en voyages et de conquêtes en conquêtes.  De ces nuits va naître un enfant. Pour donner à son fils, fruit de cet amour, l’aisance nécessaire elle va se faire entretenir par des riches individus et garder son indépendance, dans l’espoir qu’un jour il la reconnaisse. Un fol espoir, une vie consacrée à un être qui ne la voit pas, ne la connaît pas.  Un jour elle va lui écrire pour tout lui raconter. Elle est maintenant devenue une femme et elle prend la plume pour écrire son histoire insensée, cet amour absolu. Mais cette lettre est exempte de toute possessivité, elle ne demande rien. Quand cette longue lettre arrive par la poste c’est le jour du quarante et unième anniversaire de l’écrivain. Il n’y a pas la moindre ligne de reproche, aucun ressentiment. Simplement il lui faut dire, il lui faut “raconter” (le mot revient comme un leitmotiv).  On est dans un univers fermé, tout est clos, la voix a pour écho le piano, belle harmonie. Cette relation d’un amour absolu, d’un amour impossible, d’une quête inouïe est portée par une comédienne investie qui a endossé le personnage avec beaucoup de justesse et de profondeur. Caroline Vidal est poignante, elle nous tient en haleine, nous porte tout le long du récit… un récit dont on connaît l’issue, car les rêves n’appartiennent pas au domaine de la réalité, ils restent des rêves. Ce qui est poignant c’est de voir à quel point elle est investie, poussée par cet amour impossible car uniquement dans sa tête, comment elle va orienter sa vie vers cet homme plus rêve que réel. En contrepoint le piano sous les doigts agiles de Guillaume Garrone se mêle à la  voix, l’enlace… sorte de réponse impossible. La scène est petite, un écrin dans ce théâtre où la proximité nous fait nous intégrer profondément au récit. Nous sommes à ses côtés, derrière son souffle et ses aspirations. Nous assistons impuissants au désastre d’une vie. C’est poignant. Le duo voix piano est parfait, tout en harmonie en délicatesse… un beau spectacle. 


Jean Michel Gautier

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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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