La vie de bohème
- Nadine Eid

- 3 juil.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 juil.
FESTIVAL OFF AVIGNON 2026
La Nouvelle Etincelle Théâtre
14 Place des Etudes
du 4 au 25 Juillet à 18h10 (relâche les mercredis)
La vie de Bohème
d’après l’opéra de Giacomo Puccini et le roman d’ Henri Murger
Durée 1h20
Avant-Première le 1er juillet à 19h30


photo: Michel Eid
Une pièce entre les mains présente
10 doigts pour saisir l’essentiel en moins de 10mn
- Six jeunes étudiants vivent au sein d’un même immeuble et pour certains, partagent la colocation d’un appartement. Affection, rivalité, connivences et prises de bec sont le lot d’un quotidien empli de désirs, d’espoirs et d’illusions. La jeunesse est trépidante et, la joie de vivre, dès l’ouverture, envahit le plateau. La musique est partout, elle ponctue et affirme les répliques. Elle caractérise les interprètes, tisse leurs liens ou souligne ceux qui les démarquent. Le leitmotiv dans sa subtilité dessine les traits des portraits et très vite, les six amis sont des nôtres.
Notre jeunesse et sa fougue sont là devant nous.
- Le lien narratif construit un « opéra éclaté » dans la trame d’un opéra acte après acte. Les parties chantées laissent la part belle à l’énoncé théâtral sans que les unes desservent les autres. Il y a de l’équilibre et de la mesure.
- L’écriture est malicieuse et l’autodérision des personnages modernise la musique du Maître des effusions lyriques. Puccini est comme épuré par des pairs d’une lignée incontestable. Son lyrisme s’analyse, se contient et s’offre avec humour et autodérision.
- La mise en scène signée Olivier Desbordes fait montre d’une maitrise rigoureuse au service des six interprètes et des trois musiciens. Elle tient compte d’une chorégraphie des plus esthétiques qui alterne les tableaux ou les mêle. Des scènes où foisonnent des déplacements rapides peuvent se juxtaposer à des parties de plateau figées comme fixées dans une temporalité autre. Des endormissements laissent s’écouler un temps comme des bribes de vie s’échappent à l’inconscience des souvenirs perdus ou abandonnés. Cette mise en scène fait exploser la jeunesse et les pauses contiennent les prémisses des regrets à proscrire. Un bémol cependant, le plateau semble un peu exigu eu égard à la présence des six interprètes et des trois musiciens ; le portant et les éléments du décor limitent quelque peu leurs déplacements.
- Les interprètes ont tous une identité remarquable. Leur voix bien sûr les singularise mais la distribution des rôles correspond à une vraie compréhension entre le metteur en scène et la cheffe de chant, librettiste et arrangeuse dramaturgique Mari Laurila- Lili.
Les musiciens assument un rôle omniprésent d’accompagnateur-doubleur, un peu comme des consciences intérieures qui affirmeraient par notes ce que les voix ne prononcent pas. Pauline Joly, Charlotte Ruby, Nicolas Hézelot, Ulysse Mbenzu, Simon Catrice et Justin Domenicone ont été particulièrement inspirés lors de cette avant-première et ce d’autant que, pour certains, ils avaient eu à subir le lot commun des retards de train liés à la canicule. Il y eut de stupéfiantes acmés notamment dans les duos Pauline- Joly et Ulysse Mbenzu. Tous ont su exprimer l’esprit de Puccini dans la modernité d’une écriture fidèle à l’esprit des saynètes d’Henri Murger.
- Les costumes de Stella Croce, le décor d’Olivier Desbordes et les lumières de Clément Chebli signent un temps/ lieu entre le Quartier latin et la Butte Montmartre atemporels reconnus.
- À jardin mais pas seulement, Louis Ouvrard au violon, Éric- Allard Jacquin à l’accordéon et Maelise à la contrebasse et au violoncelle font plus qu’accompagner les interprètes, ils les ont portés vers une expressivité propre à l’écriture musicale et à son interprétation. C’était émouvant de complicité, de partage et de finesse.
Une solide mise en scène, des interprètes de talents et des tessitures qui ont explosé le plateau de la Nouvelle Etincelle.
À découvrir …
Une mention spéciale au couple Pauline Joly et Ulysse Mbenzu.
Nadine Eid
La vie de Bohème
d’après l’opéra de Giacomo Puccini et le roman d’Henri Murger
Mise en scène Olivier Desbordes assisté par Joan Brunet-Manquat
Avec Pauline Jolly, Charlotte Ruby, Nicolas Hézelot, Ulysse Mbenzu, Simon Catrice et Justin Domenicone.
Livret et arrangement dramaturgique Olivier Desbordes & Mari Laurila-Lili
Musique accordéon Éric Allard-Jacquin, contrebasse et violoncelle Maelise Parisot, violon Louis Ouvrard.
Création lumières Clément Chebli
Création décors Olivier Desbordes
Création costumes Stella Croce
Contact presse Denis Sublet-Suty Agency
Le regard de Marie-Christine Vaxelaire
La vie de Boheme
Comment raconter aujourd'hui La Bohème, opéra de Puccini, sans en trahir l'âme ? C'est le pari relevé par cette adaptation théâtrale qui transpose l'œuvre de Puccini dans un univers résolument contemporain, tout en préservant la puissance émotionnelle de cette histoire d'amour et d'amitié. Le résultat est un spectacle où la musique, le jeu des comédiens et une mise en scène inventive font dialoguer les époques.
Le spectateur est plongé immédiatement dans une chambre exiguë, refuge précaire de quatre jeunes artistes. Les moyens sont dérisoires, mais l'énergie déborde. Ils partagent le même toit, les mêmes galères et surtout les mêmes aspirations. Écrivains ou musiciens en devenir, ils affrontent la pauvreté avec une insolence joyeuse. Les plaisanteries fusent. Leur richesse est dans leurs rêves de création, leur désir d'indépendance et leur confiance presque naïve en l'avenir.
Sur le plateau, l'orchestre participe pleinement à cette effervescence. Violons, violoncelles et accordéon ne sont pas relégués dans une fosse invisible : ils deviennent des partenaires de jeu. Les musiciens accompagnent chaque mouvement. La partition de Puccini conserve toute sa force expressive, tandis que les interprètes insufflent à l'ensemble une spontanéité qui rapproche l'opéra du théâtre vivant.
Les scènes se succèdent dans un tourbillon de chants et de mouvements. Les personnages écrivent, improvisent, rient, s'étourdissent dans une existence aussi désordonnée qu'intense. Au-dessus de leurs têtes, une boule à facettes diffuse une pluie d'éclats lumineux. Plus qu'un simple accessoire, elle devient le symbole de cette jeunesse persuadée que tout demeure possible, malgré la précarité. La lumière transforme l'espace en fête improvisée et magique.
L'arrivée de Mimi apporte profondeur et intensité. Entre elle et Rodolphe, l'amour surgit avec une évidence bouleversante. Les grands airs de Puccini retrouvent ici toute leur vérité, portés par des interprètes sincères. Les voix expriment une passion qui transfigure la vie et lui donne des ailes.
Autour d'eux gravite Musette, flamboyante et libre. Elle chante son goût de la fête, son indépendance avec une fraîcheur communicative. Sa fantaisie apporte un contrepoint léger aux élans plus romantiques de Mimi et Rodolphe, tout en révélant une génération qui refuse de renoncer au plaisir, même lorsque les lendemains demeurent incertains.
Leur monde bascule avec la maladie de Mimi, La dure réalité de la précarité de leur vie reprend le dessus, la fête s’éteint, la magie aussi. Leur cercle se resserre autour d’une défaite commune, poignante.
Très belle interprétation, mise en scène, vivante, vibrante, touchante. J’ai adoré.
Marie-Christine Vaxelaire
Mise en scène Olivier Desbordes assisté par Joan Brunet-Manquat
Avec Pauline Jolly, Charlotte Ruby, Nicolas Hézelot, Ulysse Mbenzu, Simon Catrice et Justin Domenicone.
Livret et arrangement dramaturgique Olivier Desbordes & Mari Laurila-Lili
Musique accordéon Éric Allard-Jacquin, contrebasse et violoncelle Maelise Parisot, violon Louis Ouvrard.
Création lumières Clément Chebli
Création décors Olivier Desbordes
Création costumes Stella Croce
Contact presse Denis Sublet-Suty Agency









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