La vie éternelle
- Fanny Inesta

- 17 juil.
- 2 min de lecture
2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
Théâtre des Gémeaux, salle du dôme
du 4 au 25 Juillet à 16h20 (relâche les 8,15,22)

Gabor Rassov a le goût des fables qui dérapent. Il part d'une idée presque ludique, et la pousse jusqu'à ce qu'elle révèle toute sa part d'ombre. Dans La Vie éternelle, deux jeunes amoureux se préparent et attendent leurs invités pour dîner. Un homme et une femme d'une cinquantaine d'années. Ce sont leurs enfants. Eux ont vieilli. Leurs parents, grâce à de coûteux nano-processeurs, sont restés jeunes.
L'effet est immédiat. Les corps disent une chose, les liens familiaux en racontent une autre. Les parents semblent trop jeunes pour être parents, les enfants trop vieux pour être encore des enfants. De ce décalage naissent des scènes aussi drôles que déroutantes. On rit des conventions qui s'effondrent, de ces rôles que plus personne ne sait vraiment tenir.
Mais Gabor Rassov ne s'arrête jamais au bon mot. Peu à peu, la mécanique se resserre. Derrière le confort de cet appartement où tout paraît pensé pour prolonger le bonheur, quelque chose se dérègle. Le monde extérieur s'efface, le temps ne circule plus de la même façon .Lorsque le fils, détruit par l'alcool, a besoin d'une greffe du foie, la fantaisie bascule vers quelque chose de plus sombre. Le départ cesse d'être un simple jeu de théâtre pour devenir une réflexion sur le corps, la transmission et les limites que l'on voudrait repousser.
La mise en scène de Matthieu Rozé accompagne cette évolution, elle fait glisser le spectacle de la comédie vers une forme d'angoisse . La lumière perd de sa chaleur, l'espace semble plus étroit, quelques sons suffisent à faire naître une inquiétude diffuse. On pense parfois au Grand-Guignol, non pour ses excès sanglants, mais pour cette manière de faire surgir l'effroi au cœur du quotidien.
Les quatre comédiens jouent cette partition avec une grande précision. Personne ne surjoue l'absurde. Chacun défend son personnage avec naturel . Les deux parents affichent une jeunesse insolente , face à eux, leurs enfants oscillent entre affection, jalousie, colère et résignation. Les scènes de famille sonnent juste parce qu'elles restent profondément humaines, même lorsque le réel a perdu toute logique.
Gabor Rassov pousse son idée jusqu'au vertige en laissant apparaître les conséquences troublantes de leur désir d'échapper à l'ordre naturel des choses.
Une chose est sûre : après avoir ri de cette famille pas comme les autres, il devient difficile de regarder la jeunesse, la vieillesse et l'idée même d'éternité tout à fait de la même manière.
Fanny Inesta
Texte Gabor Rassov
Mise en scène Matthieu Rozé
Avec :
Aymeric Fougeron, Margot Heckmann, Stéphane Metzger, Juliette Poissonnier
Scénographie Jean-Michel Adam
Lumière Erwan Tassel
Musique Pascal Lafa
Costumes Marie-Pierre Arnaud
Assistante mise en scène Yaël Tama
Production François Volard Acte 2









Le genre de pièce qui reste longtemps à l'esprit après que le rideau est tombé. La légéreté cède peu à peu la place à une forme de vertige devant les conséquences induites par la proposition de départ. Une dystopie grinçante, qui fait songer au Meilleur des Mondes, mais un meilleur des mondes qui ne seraient réservé qu'à ceux qui peuvent se le payer, y compris au sein d'une même famille. Le quatuor d'acteurs est très bon.