Deux Frères
- Fanny Inesta

- 18 juil.
- 2 min de lecture
2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
L'Oriflamme
rue du Portail Matheron
du 4 au 25 Juillet à 13H (relâche les 9,16,23)

photos: F. Inesta
On croit d'abord entrer dans une comédie. Deux hommes accueillent le public, quelques plaisanteries, une chanson, une adresse directe à la salle. Leur présence est chaleureuse, presque familière. Le sourire circule. Puis, imperceptiblement, le sol se dérobe.
À rebours d'un théâtre qui traite souvent les violences comme un sujet en soi, Deux Frères choisit une voie differente, celle d'un récit où la violence n'est pas un point final, mais une cicatrice parmi d'autres dans le cours d'une existence. Elle est là, tapie dans les souvenirs, dans les mots qu'on ne trouve pas, dans les gestes qui hésitent.
L'histoire de Renaud et André, deux frères que les violences d'un père vont lier plus étroitement encore. L'aîné encaisse les coups, le cadet regarde, impuissant, avant de devenir son refuge, son veilleur, son point d'ancrage. À partir de cette enfance fracassée, la pièce suit leurs chemins de traverse, leurs fuites, leurs amours, leurs tentatives obstinées de se construire malgré les failles.
Renaud Merviel écrit à hauteur d'humanité, sans effets de manche .
La mise en scène de Papy Alain Degois épouse cette économie de moyens. Quelques objets, un clavier, un blouson de cuir suffisent à faire surgir les lieux et les figures qui peuplent la mémoire des deux frères.
Et quel jeu! Les deux comédiens semblent respirer au même rythme. Leur complicité dépasse le simple dialogue, elle s'inscrit dans les regards, les hésitations, les élans. Pierre Martin-Banos irradie la scène d'une énergie communicative. Tour à tour espiègle, tendre et profondément attentif à l'autre, il insuffle une légèreté salutaire sans jamais désamorcer la gravité du propos. Face à lui, Renaud Merviel, également auteur du texte, compose un personnage d'une retenue bouleversante. Son écriture, directe sans être abrupte, trouve un prolongement naturel dans son interprétation. Lorsqu'il s'installe au clavier, la musique devient un langage à part entière, prolongeant les émotions que les mots ne peuvent plus contenir. Tous deux jouent avec une sincérité et une justesse remarquables, donnant à cette fraternité belle une intensité !
Un spectacle qui circule en permanente entre humour et gravité . On rit souvent, parce que les personnages continuent de vivre, de plaisanter, de chanter, même lorsque l'enfance n'a laissé derrière elle que des décombres. La musique, les respirations comiques et les moments d'adresse au public empêchent le drame de s'enfermer.
À une époque où le théâtre aborde volontiers les violences sous l'angle de la dénonciation, la pièce de Deux Frères raconte simplement deux vies qui refusent de se laisser définir par leurs blessures.
Un spectacle qui regarde l'obscurité sans s'y complaire, préférant croire à ce qui relie plutôt qu'à ce qui détruit.
Fanny Inesta
De : Renaud Merviel
Mise en scène : Papy Alain Degois
Avec : Renaud Merviel et en alternance Julien Goetz ou Pierre Martin Banos









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