Au nom du père
- Nadine Eid

- 18 juil.
- 4 min de lecture
Au Nom du Père ou L’Audace de la Vérité
Théâtre Au coin de la Lune
24 rue Buffon Avignon
Off 2026 - le 5 7 9 11 13 15 17 19 et 21 à 19h20
Durée 1h10


Une pièce entre les mains présente …
10 doigts pour saisir l’essentiel en moins de 10mn
Au commencement était le verbe, et le verbe était auprès de Dieu, et le verbe était Dieu.
(Jn1,1-18)
Pour Freud, le père fait tiers pour éviter une relation fusionnelle avec la mère. Il permet ainsi à l’enfant de se différencier. Il est aussi celui qui pose les interdits de l’inceste et du meurtre dans l’âge de l’OEdipe, de la troisième à la cinquième année. Il formule la loi transmise par ses pairs et ses pères, pour que l’enfant puise s’adapter à la société de ses semblables en canalisant ses pulsions.
Pour Lacan le père symbolique est déterminé par quatre instances mais, avant tout, il est celui qui nomme et a fonction de nomination. Il attribue un nom, le sien « le nom du père ». Géniteur, le père symbolique adopte et lègue son patronyme.
Dans la pièce Au nom du père ou l’audace de la Vérité la transmission est partout. Elle envahit le plateau. Déborde des personnages et pipe leurs rapports.
Le texte de Mgr Dominique Rey et Serge Sarkissian donne voix et présence à trois pères. Le Grand père, fondateur de la société Entreprendre l’a léguée à son fils Stéphane devenu le Directeur du cabinet conseil. Celui-ci a deux fils, le cadet qui travaille à ses côtés et un autre fils Jean, parti aux états Unis avec épouse et enfants pour occuper un poste de DRH à la société NAF.
Son départ depuis quatre ans a considérablement affecté Stéphane qui dit n’avoir pas été préparé à ce qu’il a vécu comme une désertion, un désengagement, une fuite inconcevable dans la tradition familiale.
Jean est de passage éclair sur Paris à des fins professionnelles. Il a prévenu son père qu’il viendrait.
Au plateau, trois tabourets, trois sièges sur lesquels on se pose mais ne s’assoie pas pour rester.
Rien d’autre que trois pères à peine assis et leurs paroles.
À cour, l’ancêtre, celui qui a fondé et transmis, à jardin, Jean, en hébreu « Dieu fait grâce » le disciple que Jésus aimait, le fils ainé de Stéphane qui a refusé et refuse encore de reprendre les rennes de l’héritage, au centre Stéphane, L’Héritier son origine grec en fait « le couronné ».
Le grand père mort depuis longtemps, vit dans la mémoire fidèle de son fils. On peut oser dire, sans nulle exagération, qu’il a envahi son fils qui réduplique un comportement à l’image exemplaire de celui de son père.
Bernard Lanneau s’empare du rôle de L’Héritier avec une remarquable justesse. Son personnage qui peut sembler psycho-rigide exprime les griefs de l’abandon du fils, la trahison de la filiation qui s’émancipe. Salvatore Caltabiano fait évoluer son rôle avec une belle dextérité. Le fils rebelle se radoucit par l’évocation de la personnalité du grand-père. La figure du père symbolique englobe tout. Jean comprend, réalise, par les paroles de son père et la lettre du grand-père, ce qui s’est joué entre eux sur deux générations.
Le verbe est créateur et porteur de sens, il incarne la communication divine. Il est pour l’homme ce par quoi il peut s’approprier la réalité du monde. Nommer c’est reconnaître une réalité, rétablir des ponts et des liens entre les réalités. Stéphane Baquet dans le rôle du grand-père défunt est la pierre de l’édifice, il est le nom, le père créateur de l’entreprise familiale. À L’origine de la transmission, lui aussi a été construit comme une ancre s’amorce, nécessairement sur un autre père symbolique. La figure incarnée, quoique lumineux et parée de nombreuses qualités, est si représentée qu’elle laisse peu de place et écrase L’Héritier.
Redouté et vénéré, semblable à un Dieu, la séparation symbolique n’a pas eu lieu. Grâce à Jean, son propre père va naître à son rôle de père en tuant symboliquement le sien par l’acceptation de la non-transmission à Jean. Le fils du Père devient ainsi le père de Jean.
Conscient de ce poids, à porter en héritage, Jean a fui pour mettre à distance la réduplication et construire, en toute liberté, sa vie. L’émancipation du fils confortée, le père va enfin comprendre la nécessité personnelle de son choix et le respecter. La parole les libère de leur rancoeur respective.
Le texte fait la part belle à l’optimisme. L’ éloignement, les positions bien tranchées font accueillir dans l’amour, le rapprochement et la compréhension mutuelle.
Le double titre est un manifeste à la parole libérée : Au nom du père ou l’Audace de la Vérité.
Ce pourrait être encore Au Nom du père ou comment lui dire je t’aime.
Nadine Eid
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Texte difficile, interprété dans la sobriété et la justesse.
Du simple, de l’incarné, du sobre et du percutant.
Un théâtre de mots et de messages.
Au Nom du Père ou l’Audace de la Vérité
Concept Sacrée parole, paroles sacrées
Auteurs Mgr Dominique Rey & Serge Sarkissian
Mise en scène Bernard Lanneau
Distribution Bernard Lanneau, le père
Distribution Salvatore Caltabiano, le fils
Distribution Stéphane Baquet, le grand-père
Cie Onesime 2000









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